DON’T LET ME DOWN: Santa Corona

18.2–14.3.2021

DON’T LET ME DOWN: Santa Corona

Avec des contributions de Donatella Bernardi, Ludovic Gabriel, Cécile Genetti / JadisToday, Antoine Maret, Angela Marzullo, Claudie Natale, Enrico Natale

Visible depuis la rue et sur rendez-vous: hyperlocal@topic.to

Claudie Natale, à la vue des nombreux masques de protection pour lutter contre le Covid-19 abandonnés par mégarde dans l’espace public, cite l’une des oeuvres musicales les plus populaires du 20e siècle : « Don’t let me down » (1969). Très visible depuis la rue, le titre de la chanson des Beatles est réalisé en lettres autocollantes orange fluo par Ludovic Gabriel et collé à même la paroi vitrée de l’espace de l’exposition, interpellant ainsi tout.e piéton.e. Les murs de l’espace TOPIC sont entièrement peints en vert par Antoine Maret : créant un vif contraste avec l’écriture orange, l’écrin coloré ainsi obtenu est destiné à accueillir et mettre en valeur le tableau « Santa Corona » (2020) de Cécile Genetti / JadisToday. Cette œuvre fait partie de l’archive d’histoire participative Corona-Memory.ch initiée par le Walter Benjamin Kolleg et infoclio.ch à Berne. Au sol, trois coussins « Mondes parlés / Spoken Worlds, rivolta femminile, K7 » (2017) par Angela Marzullo évoquent un groupe de travail radicale féministe dédié à l’auto-conscience. Prendre conscience de son histoire, l’écrire, la commenter, en produire des pièces, tous formats confondus, nous fait du bien, et c’est l’une des fonctions de cette installation, commente Donatella Bernardi.

A propos d’infoclio.ch

infoclio.ch est une infrastructure nationale de recherche pour les sciences historiques en Suisse. Sa mission est de renforcer la visibilité de la recherche historique suisse sur le Web, de développer des formes de communication scientifique transversales, et d’agir comme centre de compétence pour expérimenter et accompagner les innovations liées à la numérisation dans les sciences historiques. infoclio.ch s’efforce de donner un aperçu détaillé de l’actualité des sciences historiques en Suisse, et d’être à la fois une plateforme d’information centrale et un outil de recherche pour la communauté professionnelle et les personnes intéressées. En réaction à la pandémie Covid-19, infoclio.ch co-initie Corona-Memory.ch.

A propos de Corona-Memory.ch

Corona-Memory.ch est une archive participative qui recueille des instantanés individuels sur la pandémie de Coronavirus en Suisse. Le projet vise à constituer un lieu de mémoire collective, et rendre accessible la diversité des expériences vécues dans cette urgence partagée. Il s’inscrit dans une perspective de « Rapid Response Web and Social Media Archiving ».  Corona-Memory.ch a collecté plus de 550 contributions depuis mai 2020. À moyen terme, la collection constituera un témoignage important d’une situation exceptionnelle et un objet de recherche intéressant. Les données seront conservées de manière permanente et mises à disposition, permettant ainsi aux scientifiques et au public intéressé de se confronter à cette période extraordinaire sur le long terme.

A propos de Santa Corona

L’œuvre Santa Corona a été intégrée dans l’archive le 2 novembre 2020: https://www.corona-memory.ch/s/corona-memory-fr/item/2948

Hymne à la féminité, ce tableau de 44×86 cm présente une vision kitsch-glamm de la croyance populaire remise au goût du jour. Son élaboration a demandé 6 mois de travail et comprend du collage ainsi que de la broderie de perles et de rubans, entièrement réalisé avec des matériaux de récup sur la base d’une image pieuse de sainte Therese de Lisieux, très présente dans les mayens qui constellent les Alpes italo-suisses. La minutie de ce travail n’est pas sans rappeler l’art brut avec la part de folie sous-jacente à tout mouvement répétitif, propre au confinement. 

Santa Corona fait partie de la collection « Bondieuseries » de l’artiste Cécile Genetti. Cette dernière récupère les images pieuses qui, autrefois, ornaient la plupart des mayens et habitations des alpes valaisannes. Priées pour leurs vertus apotropaïques, ces images sont aujourd’hui légion dans les magasins de secondes mains ou s’entassent dans les greniers de leurs héritiers. Touchées par leur abandon et leur perte soudaine d’intérêt, Cécile Genetti les agrémente de broderies de perles, de rubans et leur offre un nouveau faste, mêlant ainsi ses connaissances iconographiques à des techniques de broderies qui lui ont été enseignées lors d’un voyage en Amérique du sud. De nombreuses Vierge Marie, et saints thaumaturges sont habillés de costumes fleuris dans diverses coutumes latines. Pailleter des images valaisannes n’est donc pas une hérésie, mais plutôt un renouveau de pratiques à la sauce contemporaine. En modernisant la croyance populaire qui veut que la simple possession d’une image pieuse protège d’une maladie spécifique, Cécile crée une Santa Corona, jusqu’ici manquante au panthéon des saints protecteurs. Féminine, délicieusement kitsch, sa Santa Corona est un hommage à la féminité et peut-être soit considérée comme une critique de la société de consommation bling-bling actuelle, soit s’inscrire dans une tradition populaire. À chacun sa vision, à chacun sa croyance.

A propos de Cécile Genetti / JadisToday

Cécile Genetti, historienne de l’art, glane depuis plusieurs années les brocantes et vide-greniers sous le nom de JadisToday pour le compte de collectionneurs et privés passionnés d’objets anciens en tout genre.

Bien qu’attiré d’abord par l’historicité des objets, son œil se pose rapidement sur des babioles estimées sans valeurs. Au-delà de la nostalgie que certains objets chinés dégagent, c’est l’abandon, l’oubli, le désintérêt de ces derniers conçus pour être aimés, voir vénérés, qui l’émeut particulièrement. Aujourd’hui brocanteuse et artiste, Cécile collectionne donc également pour elle-même. Elle recherche aussi bien des jouets anciens, figurines défraîchies, que des sculptures représentant la Vierge Marie et des médailles de pèlerins. Au fil de ses pérégrinations, elle s’est également constituée une importante cartothèque d’images pieuses, icônes, ex-voto, cartes postales et photographies anciennes, portraits d’ancêtres oubliés qui sous ses doigts seront superposés, repeints, agrémentés de collages et broderies variées.

Les objets et images oubliés retrouvent ainsi une seconde vie à travers l’esthétisme de ses créations mais aussi une seconde histoire puisque transformés, ils intègrent la généalogie loufoque et fantasmée de l’artiste.

Avec le soutien de la fplce et de la Loterie Romande

Photographies de l’exposition: Sandra Pointet

Photographies des masques abandonnés: Claudie Natale